Dans une interview fleuve accordée au média sud-africain Sunday Times, Joseph Kabila, ancien président de la République Démocratique du Congo (RDC) et sénateur à vie, signe un retour fracassant sur la scène politique.
Avec une verve incisive, il dresse un diagnostic sévère de la crise qui étreint son pays depuis 2021, la qualifiant de « multidimensionnelle » – à la fois sécuritaire, humanitaire, mais surtout politique, sociale, morale et éthique. Selon lui, cette complexité échappe trop souvent aux partenaires internationaux et à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui privilégient une réponse militaire au détriment d’une approche globale. Cette posture, argue-t-il, revient à dilapider des ressources précieuses pour étayer une dictature vacillante, plutôt que d’accompagner la RDC vers une démocratie véritable, gage de paix et de stabilité régionale.
Kabila pointe du doigt la gouvernance actuelle sous Félix Tshisekedi comme la racine profonde du chaos. Il dénonce une rupture délibérée du « Pacte républicain », cet édifice constitutionnel issu du dialogue inter-congolais de Sun City en 2006, adopté par référendum populaire. Ce socle, selon lui, a été systématiquement érodé par un régime qui musèle l’opposition, recourt à l’intimidation, aux arrestations arbitraires, aux exécutions extrajudiciaires et contraint à l’exil politiciens, journalistes et figures religieuses. L’ancien président fustige ainsi une dérive autoritaire qui, loin de pacifier le pays, exacerbe les tensions et alimente une crise aux ramifications insondables.
Sur le front sécuritaire, Kabila récuse la narrative officielle qui réduit la situation dans l’Est à un conflit binaire entre le M23 – présenté comme une marionnette rwandaise dénuée de légitimité – et Kinshasa. Il insiste sur la nécessité de démanteler l’ensemble des groupes armés, nationaux comme étrangers, tout en soulignant que la résolution de cette seule question ne saurait suffire. Les violations répétées de la Constitution, les massacres perpétrés par les forces de l’ordre et l’impunité généralisée, martèle-t-il, perdureront tant que les griefs profonds du peuple congolais envers son gouvernement ne seront pas pris en compte. Pour lui, ni des négociations avec le Rwanda ni une victoire militaire sur le M23 ne sauraient masquer l’urgence d’une refonte politique interne.
En interpellant la SADC, dont l’histoire devrait, selon lui, inspirer une plus grande lucidité, Kabila met en garde contre une intervention militaire qui cautionnerait un régime tyrannique au mépris des aspirations populaires. Il appelle à une solution holistique, loin des expédients guerriers, pour que la RDC devienne un pilier de l’Afrique australe. Ce retour tonitruant de l’ancien dirigeant, observé par le monde entier, soulève une question cruciale : l’Afrique du Sud, bastion de l’humanisme régional, persistera-t-elle à soutenir militairement Kinshasa, ou optera-t-elle pour une diplomatie plus audacieuse ? Le temps dira si cette voix, jadis au sommet, saura infléchir le destin d’un Congo en quête de rédemption.
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