Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’est exprimé devant sa majorité parlementaire ce samedi 22 février 2025 sous le chapiteau de la cité de l’OUA à Kinshasa. Devant une centaine de députés et sénateurs, il a dressé un état des lieux du front diplomatique, politique et militaire dans le cadre de la guerre d’agression menée par le Rwanda via les rebelles du M23.
Durant près d’une heure, sans être interrompu mais rythmé par des ovations et des applaudissements, le Chef de l’État a fait le point sur les trois volets mis en place pour contenir cette menace. Il a notamment salué l’engagement de la Première Ministre Judith Suminwa, du Vice-Premier Ministre Jean-Pierre Bemba, du ministre Lihau et du deuxième Vice-président de l’Assemblée nationale Mboso Nkodia.
Toutefois, une absence notable de reconnaissance a marqué son discours : celle de certaines figures clés de l’Union Sacrée de la Nation, telles que l’ancien Premier Ministre et actuel président du sénat Sama Lukonde, l’ancien président du Sénat et actuel deuxième vice-président du sénat Modeste Bahati, le Secrétaire général de l’UDPS Augustin Kabuya et le Président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe.
Une mise en cause implicite
Ces derniers ont plutôt opté pour des actions de mobilisation citoyenne à travers des communiqués, contrairement aux personnalités encensées par le Chef de l’État, qui se sont impliquées directement sur le terrain ou dans leurs fiefs électoraux.
« Lors que nous sommes en train d’organiser le front diplomatique pour bloquer l’agression, c’est dans mon propre camp que j’apprends qu’il y en a qui sont déjà en pourparlers, il y en a qui condamnent la position du Président, qui trouvent qu’il est trop radical, qui trouvent qu’il doit négocier. Négocier quoi ? Et en quelle position ? Réveillez-vous, chers compatriotes ! », a lancé Félix Tshisekedi sur un ton ferme, semblant faire allusion aux propos récents de Vital Kamerhe.
En effet, lors de l’ouverture de la session parlementaire le 4 février, ce dernier avait déclaré aux députés : « Le Président veut négocier… il veut épargner des vies… le temps n’est plus en notre faveur… il vous demande de lui proposer des solutions. » Ces propos, bien que nuancés par la suite, avaient déclenché une vive réaction de l’UDPS, qui y voyait une tentative de déformer la position du Chef de l’État ou de l’imposer une certaine négociation.
Un climat politique en tension
Modeste Bahati, Sama Lukonde et Augustin Kabuya, bien qu’ayant exprimé leur soutien politique à travers leurs partis respectifs, n’ont pas été mentionnés dans les félicitations du Président. Cette omission pourrait, en un langage politique clair, témoigner d’une certaine distance entre Tshisekedi et ces acteurs politiques qui ont pourtant contribué à sa victoire électorale de décembre 2023.
Un député national, sous couvert d’anonymat, relativise cependant cette situation : « On comprend que le Chef de l’État ait été déçu, mais tout le monde ne pouvait agir dans le même sens. Certains ont mobilisé autrement. Par exemple, le Président Bahati a lancé un communiqué dès le 25 janvier, et le lendemain, la population de Bukavu, son fief électorale, marchait pour la paix. Il n’avait plus la possibilité de s’y rendre à cause de la fermeture des aéroports. Des jeunes ont répondu à son appel à intégrer l’armée. Même chose pour Sama Lukonde et Augustin Kabuya qui ont fait des messages »
Dans ce contexte, Félix Tshisekedi a également prévenu les leaders religieux contre toute tentative de le contraindre à négocier avec « les patins » ou avec « ceux qui serviraient les intérêts de l’ennemi ».
L’avenir de l’Union Sacrée de la Nation semble donc incertain, surtout avec la composition du prochain gouvernement d’union nationale annoncé par le Président qui pourra invité tout le monde. Un remaniement politique d’envergure pourrait être imminent.
Rédaction
