Alors que la République Démocratique du Congo continue de faire face à l’une des menaces les plus graves à son intégrité territoriale depuis deux décennies, je ne peux m’empêcher de poser cette question dérangeante : comment un État peut-il gagner une guerre, si ses propres fondations politiques sont fissurées de l’intérieur ?
Nous sommes en 2025. La guerre à l’Est, marquée par l’activisme persistant du M23 et les tensions non résolues avec le Rwanda, exige une réponse nationale forte, cohérente et unie. Or, ce que nous voyons aujourd’hui, c’est tout le contraire. Deux faiblesses majeures plombent dangereusement notre capacité collective à faire face à cette crise existentielle : le dysfonctionnement de l’Union sacrée de la nation et la crise chronique au sein de l’UDPS, parti présidentiel.
Une Union sacrée sans colonne vertébrale
Créée pour garantir une majorité stable autour du président Tshisekedi, l’Union sacrée a échoué à se doter d’une vision commune. Elle n’a pas su devenir un véritable moteur d’orientation politique nationale. Trop de contradictions, trop de rivalités internes, trop de calculs personnels. Cette coalition est devenue un espace d’arbitrage permanent, incapable de produire des positions claires sur les grands enjeux de souveraineté et de sécurité.
L’UDPS : de fer de lance à foyer de tensions
Quant à l’UDPS, que l’on croyait porter naturellement la voix du président et incarner les valeurs d’un pouvoir nouveau, il est aujourd’hui un théâtre de conflits internes, de règlements de comptes et de luttes de positionnement. Un parti qui, au lieu d’éclairer l’opinion et d’encadrer la gouvernance, s’illustre par ses guerres intestines et son silence face aux urgences nationales.
Je m’interroge : où est l’UDPS lorsque le pays négocie avec Kigali ? Où est sa voix dans les discussions sur le sort des déplacés, des victimes de Bunagana ou des jeunes appelés sous le drapeau ? N’est-ce pas le rôle d’un parti présidentiel que de défendre les choix stratégiques de l’État, de mobiliser, d’unir, de faire bloc face à l’adversité ?
Une faiblesse politique qui devient diplomatique
Face à un adversaire comme le M23, soutenu par un Rwanda dont la cohérence diplomatique n’est plus à démontrer, nous ne pouvons nous permettre d’avancer en rangs dispersés. Car, oui, le désordre dans nos structures politiques internes se paie sur le terrain diplomatique et militaire. L’absence d’unité nationale donne à l’ennemi l’illusion que nous sommes faibles. Elle alimente l’inefficacité de nos décisions. Elle sabote notre capacité à négocier ou à tenir nos positions.
Une réforme de fond s’impose
Le président Tshisekedi doit, sans tarder, remettre de l’ordre dans ses rangs. Il doit recentrer l’Union sacrée autour de la défense des intérêts nationaux, et non des ambitions personnelles. Il doit provoquer une refondation profonde de l’UDPS pour en faire un instrument moderne, utile et patriote.
Car nous sommes à un moment historique : soit nous organisons le désordre, soit le désordre nous organisera.
L’heure n’est plus aux compromis politiques de circonstance. L’heure est au courage, à la lucidité et à la reconstruction d’un socle politique à la hauteur des défis du pays.
Enock Wabucibwa
Observateur politique indépendant et analyste des dynamiques institutionnelles en RDC
