Ce qui était pris comme acte de patriotisme et de courage lancé par Jean-Jacques Purusi Sadiki, Gouverneur du Sud-kivu, province de l’Est de la République Démocratique du Congo, via son Ministère des finances Bernard Muhindo, est devenu, 48 heures après, un acte de trahison, de fraude et de découragement. Jean-Jacques Purusi Sadiki, Gouverneur du Sud-kivu et la société civile se disent indignés après la libération controversée de ressortissants chinois arrêtés pour exploitation illégale de minerais dans le territoire de Walungu. Ces derniers, accusés d’avoir opéré sans documents valides ni autorisations officielles, seraient remis en liberté par la Direction Générale des Migrations, DGM, sur instruction de Kinshasa, avant de quitter le pays via le Rwanda, pays accusé de pillages des richesses minières de l’Est de la RDC.
Cette décision, qualifiée de « cavalière » par le Gouverneur, soulève de nombreuses questions sur l’intégrité des processus administratifs et la volonté réelle de l’État de lutter contre la fraude minière. Lors d’une conférence de presse organisée à sa résidence officielle le 24 décembre 2024 à Bukavu, Jean-Jacques Purusi a exprimé son incompréhension et sa colère face à une situation qu’il qualifie de « sabotage ».
« Ces citoyens chinois, arrêtés pour séjour irrégulier et exploitation illégale, devaient verser 10 millions de dollars à l’État, conformément au code minier. Une note de débit leur avait déjà été transmise. Deux jours après leur arrestation, j’ai appris qu’ils avaient été transférés à la DGM, puis libérés et expulsés sans que la province ou l’État n’aient reçu un seul centime. C’est une perte colossale », a-t-il déclaré.
Selon les enquêtes menées, ces individus opéraient depuis 2021 sans aucun permis d’exploitation valide. Leur société, inexistante sur le plan légal, aurait extrait environ 750 kilos d’or sur une période de quatre ans, soit une valeur estimée à 45 millions de dollars américains sur le marché mondial. Ni la province, ni le gouvernement central, ni les communautés locales n’ont perçu la moindre redevance.
« Ces Chinois n’avaient ni passeports, ni permis de recherche valide, encore moins d’autorisation d’exploitation. Ils ont reconnu extraire 500 grammes d’or par jour. Une telle situation est inacceptable et illustre les pratiques mafieuses qui gangrènent notre secteur minier », a martelé le Gouverneur, tout en réaffirmant sa détermination à mettre fin à ces abus.

La société civile du Sud-kivu, quant à elle, par l’intermédiaire de Me Néné Bintu, présidente de son bureau de coordination, a également réagi avec indignation. Présente lors de la conférence de presse, elle a dénoncé une « humiliation » pour la province et exigé des sanctions contre les responsables de cette libération. « Qui a permis à ces criminels économiques de fuir ? Qui les a autorisés à passer par le Rwanda ? Nous voulons que des responsabilités soient établies et que des sanctions exemplaires soient prises contre tous ceux qui appauvrissent notre province », a-t-elle martelé.

Contacté par notre rédaction, Bernard Muhindo, ministre provincial des Finances, qui a mené les opérations ayant abouti à l’arrestation de ces chinois, a pour sa part dénoncé ce qu’il perçoit comme une tentative de décourager les réformes entreprises pour assainir le secteur minier. « Faire partir ces Chinois ne freinera pas notre combat. Nous sommes déterminés à faire respecter les lois et à récupérer les ressources qui reviennent de droit à la province et au peuple congolais », a-t-il souligné.
Face à cette situation, le Gouverneur Jean-Jacques Purusi a réitéré sa confiance en l’accompagnement du président Félix Tshisekedi, qui soutient sa volonté de rétablir l’État congolais dans ses droits. Il a promis de prendre des mesures fermes contre les réseaux mafieux opérant dans le secteur des mines et appelé à des enquêtes approfondies pour identifier les complices de ces actes de fraude.
Cette affaire, qui illustre une fois de plus les défis liés à la gestion des ressources naturelles en RDC, met en lumière la nécessité d’une gouvernance rigoureuse et d’une transparence accrue dans ce secteur vital pour l’économie nationale. Pour le Sud-Kivu, il s’agit d’un test crucial pour prouver que la lutte contre la corruption et l’impunité est une priorité réelle, et non un simple slogan.
Rédaction
