Ils avaient promis la rupture avec les pratiques du passé. Ils dénonçaient la corruption des anciens, l’immobilisme des élites vieillissantes et le pillage des ressources de l’État. Mais une fois arrivés aux affaires, de nombreux jeunes leaders congolais ont sombré dans les mêmes travers. Pis encore : ils s’y sont engouffrés avec une précipitation et un cynisme déconcertants.
Autrefois porteurs d’un discours radical, appelant au renouvellement de la classe politique, ces jeunes dénonçaient la mauvaise gouvernance avec fougue. À les entendre, l’avenir du Congo devait s’écrire en lettres neuves, avec une élite jeune, intègre et engagée.
Mais à l’épreuve du pouvoir, la réalité s’est montrée cruelle : la majorité de ces jeunes leaders ont trahi leurs promesses, reproduisant à grande vitesse les pires dérives qu’ils reprochaient à leurs aînés. Détournements massifs, gestion opaque, clientélisme effréné, usage abusif des biens publics… La déception est profonde et généralisée.
Un pillage organisé et sans scrupule
Ce qui choque, c’est moins l’erreur que l’avidité. Certains jeunes cadres se sont emparés des institutions avec une voracité insatiable, agissant comme s’ils avaient droit à une revanche personnelle sur l’État. En quelques semaines à peine, des millions se volatilisent dans des circuits d’enrichissement illicite. L’argent public est traité comme un butin.
Pire encore, la démocratie est bâillonnée. Ces jeunes, censés représenter l’ouverture et la participation citoyenne, imposent désormais des logiques de soumission, de culte de la personnalité, et de propagande vide. Le rêve de renouveau vire au cauchemar d’une tyrannie jeune et corrompue.
Des cas qui illustrent le naufrage
Le cas de l’indemnisation des victimes des guerres ougando-rwandaises à Kisangani est emblématique. Des fonds destinés à réparer les souffrances d’innocents ont été détournés par des responsables politiques jeunes, sans scrupules ni remords. L’indécence atteint un sommet. Ce ne sont plus seulement des scandales économiques, ce sont des trahisons morales.
Des figures comme Germain Kambinga, Guy Loando, Christian Bosembe, Charles Mudiay, Didier Budimbu, Constant Mutamba, Miguel Kashal, pour ne citer qu’eux, illustrent ce glissement tragique. Jadis symboles d’espoir, ils sont désormais cités dans les colonnes des détournements, des abus de pouvoir et de la flagornerie institutionnelle.
Une jeunesse piégée par ses propres ambitions
La jeunesse congolaise voulait changer les choses. Mais une partie d’entre elle a oublié que le pouvoir n’est pas une fin, mais un service. Elle a succombé aux tentations, prouvant que le problème n’est pas seulement générationnel, mais profondément structurel.
L’adage se vérifie : “La critique est aisée, mais l’art est difficile.” En République démocratique du Congo, les jeunes n’ont pas échappé à la règle. Certains s’y vautrent même avec plus de zèle que leurs prédécesseurs.
Un pays sans repères ?
Le diagnostic est inquiétant. Si les anciens ont échoué et que les jeunes reproduisent leurs erreurs, où trouver le sursaut ? Tant que l’exemplarité ne viendra pas d’en haut, tant que la culture de responsabilité et d’éthique ne s’imposera pas dans la sphère publique, le pays risque de continuer sa descente vers l’irréparable.
Le renouvellement de la classe politique ne peut se limiter à une question d’âge. Il doit être porté par une vision, des valeurs, une rigueur morale. Sans cela, la jeunesse congolaise risque de devenir, non pas la solution tant attendue, mais un problème aggravé.
Chris Adam’s
