Dans un discours au ton grave et empreint d’indignation, l’ancien président Joseph Kabila a dressé un tableau sans concession de la situation sécuritaire, sociale et politique en République Démocratique du Congo. Plus qu’un simple constat, il s’agit d’un véritable appel à la conscience nationale. Analyse.
Joseph Kabila est sorti de son silence avec un message fort, presque testamentaire, en dénonçant ce qu’il qualifie de « terrorisme d’État », d’« abus du pouvoir pour le pouvoir » et de « crime contre l’humanité impuni ». Il revient ainsi sur des événements tragiques récents : le massacre des détenus à la prison de Makala en septembre 2024, les répressions sanglantes contre les mouvements religieux ou politiques comme les Wazalendo à Goma ou la JUNAFEC à Lubumbashi, et le drame de l’Église Mbidi à Kilwa. Ce rappel macabre fait office de réquisitoire implacable contre le pouvoir en place, qu’il accuse d’avoir sacrifié des vies congolaises sur l’autel de l’intolérance.
Un constat sécuritaire alarmant
Kabila ne se limite pas à l’accusation. Il décrit un pays à la dérive, gangréné par l’insécurité persistante dans plusieurs provinces clés : Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Maniema, Tanganyika, Haut-Katanga, et même Maï-Ndombe. La situation, selon lui, n’épargne plus ni les zones rurales ni les grandes agglomérations. Cette cartographie du chaos vise à souligner l’échec du pouvoir à garantir la paix et à restaurer l’autorité de l’État.
Une jeunesse trahie
L’ancien président consacre une partie importante de son message à la jeunesse congolaise, qualifiée de « victime résignée ». Il dénonce l’abandon d’une génération qui avait pourtant placé ses espoirs dans l’alternance démocratique. L’absence de repères et de perspectives est présentée comme le terreau fertile de toutes les manipulations : groupes armés, sectes, politiciens populistes.
Le plaidoyer pour une alternative politique
Fidèle à son style, Joseph Kabila n’appelle pas frontalement à un soulèvement, mais son propos est lourd de sous-entendus. Il affirme que « l’échec d’un régime ne scelle pas définitivement le sort d’un peuple », une manière de redonner espoir tout en soulignant l’urgence d’un changement. Il appelle à la fin de la dictature, au retour de la démocratie et à une gouvernance responsable. À ses yeux, seule une solution politique sincère peut enrayer la spirale des violences.
Un patriotisme réaffirmé
Dans la dernière partie du discours, Kabila se pose en gardien des valeurs fondamentales de la République : souveraineté, intégrité territoriale, respect de la Constitution. Il veut apparaître comme un homme d’État constant, fidèle à ses engagements, en contraste avec ce qu’il laisse entendre être la dérive actuelle du pouvoir.
Un retour en politique ?
Ce discours, bien que n’annonçant pas explicitement une candidature, porte les marques d’un retour stratégique sur la scène politique. Joseph Kabila tente de réactiver une image d’homme de paix, de patriote soucieux du destin de la nation, et surtout de recours potentiel face à un régime contesté. En ravivant la mémoire des martyrs, en parlant au nom de la jeunesse, et en pointant l’échec sécuritaire, il se place en alternative crédible pour l’avenir.
Ce message peut donc être interprété comme une balise posée dans le paysage politique de 2025, à l’heure où les Congolais, désabusés mais pas résignés, cherchent de nouveaux repères.
Rédaction
