Le récent discours du Président de la République Démocratique du Congo, présenté comme un bilan triomphaliste de son mandat, suscite à la fois admiration et scepticisme. Bien que les chiffres avancés et les promesses formulées témoignent d’une ambition louable, l’écart entre les annonces et les réalités sur le terrain pose question.

Une croissance économique qui reste fragile
Avec une prévision de croissance de 6 % en 2024, le chef de l’État se félicite d’une économie résiliente malgré un contexte mondial incertain. Cependant, cette performance, principalement attribuée à des accords internationaux comme celui conclu avec le FMI, soulève des inquiétudes quant à la durabilité de cette dépendance à l’aide extérieure. Les réserves internationales, certes portées à un niveau record de 6 milliards USD, cachent mal l’inflation galopante qui grève le pouvoir d’achat des Congolais.
De plus, les critiques pointent une économie encore largement dépendante des exportations de matières premières, sans réelles avancées vers une transformation locale ou une diversification des secteurs. Alors que les recettes minières continuent de croître, leur impact sur la vie quotidienne des citoyens semble limité, renforçant les disparités sociales.

Des infrastructures prometteuses, mais à quel coût ?
La construction annoncée de 7 000 km de routes est un projet monumental, présenté comme le fleuron du Programme de Développement Local des 145 Territoires. Toutefois, des zones d’ombre subsistent sur le financement de ces chantiers. Les ressources tirées du réajustement du contrat minier avec le GEC, si elles sont alléchantes sur le papier, pourraient masquer un endettement accru ou des concessions défavorables à long terme.
En outre, les retards et les dysfonctionnements observés dans des projets similaires par le passé incitent à la prudence. Les promesses répétées de désenclavement des provinces et d’amélioration des infrastructures de base peinent à se concrétiser pour de nombreuses communautés rurales.
Une réponse insuffisante à la crise sociale
Si la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité et la baisse des prix des carburants visent à soulager les ménages, leur impact demeure limité face à une inflation persistante. Ces mesures ponctuelles, bien qu’appréciées, semblent davantage relever d’un calcul politique à court terme que d’une réelle stratégie économique.
Un modèle agricole encore embryonnaire
Le Programme de Transformation Agricole, censé porter la RDC vers une souveraineté alimentaire, est une initiative salutaire, mais son exécution laisse à désirer. À titre d’exemple, le parc agro-industriel de Kaniama-Kasese, souvent cité comme un modèle, reste l’arbre qui cache la forêt. Des problèmes d’accès au crédit pour les agriculteurs et une faible mécanisation continuent de freiner le secteur.
Une vision trop éloignée des réalités ?
Si le discours du Président trace une trajectoire ambitieuse pour le pays, il manque de réponses concrètes aux préoccupations immédiates des Congolais. L’accent mis sur les macro-indicateurs économiques ne saurait occulter les inégalités criantes et les besoins essentiels des populations.
L’avenir de la RDC repose sur des réformes structurelles profondes, associées à une gestion plus transparente des ressources nationales. Faute de quoi, les annonces présidentielles risquent de se réduire à de simples effets de communication, loin des aspirations légitimes d’un peuple en quête de mieux-être.
Rédaction
