Le dîner « de travail » récemment offert par le Président américain Donald Trump aux chefs d’État africains aurait pu être un moment symbolique de rapprochement et de respect mutuel. Il a plutôt pris les allures d’un épisode embarrassant, révélateur d’un mépris toujours aussi tenace à l’égard du continent africain. Sous couvert de diplomatie, ce rendez-vous a mis en lumière un paternalisme d’un autre âge et une profonde déconnexion entre l’arrogance d’un président américain et les attentes légitimes des dirigeants africains.
Alors que plusieurs chefs d’État du continent expriment ouvertement leur lassitude face à l’Union européenne et à la France, espérant redéfinir des relations internationales plus équilibrées, c’est vers les États-Unis que certains se tournent. Malheureusement, c’est encore l’humiliation qu’on leur sert à la table des puissants.
Prenons l’exemple du président gabonais, Brice Oligui Nguema, dont l’approche prudente n’aura pas suffi à lui éviter le regard condescendant de son hôte. En attribuant à Donald Trump un rôle décisif dans la prétendue « fin de la guerre entre la RDC et le Rwanda », il espérait visiblement flatter un homme peu sensible aux nuances diplomatiques. Pourtant, même le Président sénégalais, Diomaye Faye, qui a vanté également cet accord, sait mieux que quiconque que ce conflit n’est ni terminé ni pacifié, malgré les annonces tapageuses de Washington.
Mais c’est peut-être avec le président libérien Joseph Boakai que l’on touche au ridicule. En pleine discussion sérieuse, Trump l’interrompt pour le féliciter… pour son anglais. Dans un pays dont c’est pourtant la langue officielle ! La scène rappelle ces vieilles habitudes d’étonnement colonial face à un Africain qui maîtrise la grammaire de l’Empire. « Where did you learn to speak so well? » (« Où avez-vous appris à parler si bien ? »), lui demande-t-il, incrédule. Voilà comment une discussion diplomatique se transforme en sketch involontaire.
Plus grave encore : le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani a vu son discours interrompu par Trump, qui invoque un « programme à respecter ». Pourtant, le chef d’État tentait d’évoquer un sujet essentiel : la sécurité maritime face aux menaces de piraterie. Il espérait, naïvement sans doute, que le Président américain prendrait au sérieux les enjeux sécuritaires d’un continent qu’il prétend vouloir aider.
Et comme si cela ne suffisait pas, Trump a demandé aux dirigeants Africains de se présenter, un par un, en donnant leurs noms et pays respectifs. Une scène surréaliste, comme si un professeur faisait l’appel dans une classe d’école. Était-ce un oubli stratégique ou un signe évident d’indifférence ? Dans les deux cas, l’humiliation est entière.
Cerise sur le gâteau – ou plutôt sur la farce – : le « cadeau » offert à ces chefs d’État. Une photo dans le Bureau ovale. Trump, bien sûr, est assis en majesté, ses invités debout derrière lui, comme de simples figurants dans un tableau impérial. La mise en scène n’est pas anodine. Elle symbolise la hiérarchie que l’homme d’affaires devenu Président impose dans ses rapports avec l’Afrique : lui au centre, les autres en arrière-plan et surtout, il a lancé un message clair : «Make america great again » à travers son chapeau laissé sur la table de bureau, bien rangé comme pour dire: « C’est les intérêts américains qui priment ici ».

Difficile, alors, de ne pas se rappeler un moment similaire avec Barack Obama, alors Président des États-Unis. Lui aussi avait reçu un Chef d’État africain. Mais la symbolique était toute autre : Obama debout, sur la même ligne, le regard franc, une proximité assumée. Peut-être parce qu’il partageait avec eux un sang, une mémoire, une dignité, des origines.

Le reste du dîner s’est résumé à une démonstration de la logique marchande américaine : Trump a invité les Africains à acheter plus d’armes américaines, seule solution qu’il propose à la question de la sécurité sur le continent. Derrière les promesses de paix au Soudan ou en Libye, l’objectif est clair : vendre. Aucun plan global, aucun engagement structuré, aucun respect du temps long africain. Rien que des deals.
Au final, ce dîner n’aura été ni un sommet, ni un forum, ni un échange. Il aura été une pièce de théâtre déséquilibrée, où les dirigeants africains, venus pour parler coopération, ont dû se contenter d’un rôle secondaire dans un spectacle orchestré au rythme de l’ego trumpien.
Et l’Afrique ? Elle repart comme souvent : sans respect, sans écoute, sans illusion.
Rédaction.
