L’ancien Président de la République Démocratique du Congo et Sénateur à vie, Joseph Kabila Kabange, est en pleine offensive politique dans l’Est du pays. Arrivé à Goma dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 mai, l’ancien Chef de l’État a lancé, dès le 28 mai, une série de consultations citoyennes avec les forces vives de la nation. Objectif affiché : écouter les doléances, comprendre les préoccupations et proposer des pistes de sortie de crise pour la RDC, en particulier dans sa partie orientale ravagée par l’insécurité chronique.
Alors que son équipe de communication présente cette démarche comme une initiative d’intérêt national, chaque rencontre est rendue publique avec une transparence minutieusement organisée. Après les leaders religieux et coutumiers, Joseph Kabila a rencontré ce vendredi 30 mai l’administration rebelle de l’AFC/M23, menée par Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa. Selon plusieurs sources, ces derniers ont remis à l’ancien président un document détaillant leurs préoccupations et conditions pour un retour à la paix.

À Kinshasa, cette rencontre suscite la polémique. Le Président Félix Tshisekedi, qui qualifie l’AFC/M23 de mouvement terroriste, a toujours refusé tout dialogue direct avec ses responsables, se focalisant plutôt au Rwanda comme cible. Pourtant, dans l’Est du pays, une partie croissante de la population estime qu’il est urgent de dialoguer, peu importe l’interlocuteur, pourvu que la paix revienne.
Joseph Kabila, lui, s’inscrit dans une logique conciliante. « Artisan de paix » pour ses proches, il miserait sur l’écoute et le dialogue pour désamorcer une crise qui asphyxie la région. L’économie est à l’arrêt, les banques fermées, la vie est devenue hors de prix, les voyages perturbés et les libertés individuelles sont réduites. À Goma, l’exaspération est palpable.
Félix Tshisekedi nous a abandonnés. En refusant de parler avec l’AFC/M23, il nous laisse à notre triste sort. Si Joseph Kabila peut convaincre les rebelles de se retirer, tant mieux, nous le soutiendrons », confie Kambale Mashauri, taximan de Goma.
Nombre d’analystes voient dans cette initiative une manœuvre politique subtile de Joseph Kabila pour redevenir un acteur clé de la scène politique congolaise. S’il parvient à obtenir des concessions significatives de la part des rebelles, notamment la fin de la guerre par la libération des territoires occupés et la réouverture des aéroports de Goma et Kavumu, il pourrait se repositionner comme le « garant de la paix » tant recherché, en contraste avec un gouvernement Tshisekedi fragilisé sur le plan sécuritaire et éparpillé sur plusieurs fronts diplomatiques.

Cette offensive de Joseph Kabila intervient au moment où Kinshasa négocie un accord stratégique avec l’administration Trump, visant à sécuriser l’Est du pays en échange d’un accès privilégié aux minerais stratégiques. Cette approche militaro-diplomatique, combinée à un refus du dialogue direct avec les groupes rebelles, peine pour l’instant à rassurer les populations locales.
Autour de Joseph Kabila, une dynamique politique se met en place. D’anciens collaborateurs méticuleux, des figures militaires et politiques fidèles, mais aussi des citoyens nostalgiques de son ère, se mobilisent discrètement. Certains anciens et actuels chefs d’État africains suivraient même de près cette évolution, prêts à appuyer une initiative régionale de paix conduite par le « Rais ».
Kabila lui-même a déjà esquissé douze pistes de solution, incluant la neutralisation des groupes armés et leur rapatriement dans leurs pays d’origine. Si ses consultations aboutissent, il aura encore à prononcer un discours fort qui dévoilera des avancées concrètes, il pourrait bien redevenir un acteur incontournable, voire l’homme providentiel pour certains Congolais de l’Est.

L’urgence pour Tshisekedi est donc de solidifier sa base et accélérer ses actions politiques et sociales. De son côté, les signaux sont clairs : il doit renforcer sa stratégie de paix s’il veut maintenir l’initiative politique. Cela implique de resserrer les rangs autour de l’Union sacrée de la nation, en particulier avec les élites de l’Est, et de donner des résultats tangibles aux populations affectées. La communication ne suffit plus. Le terrain, lui, attend des actes et attaquer le Rwanda revient à décourager les initiatives de paix qui toutes, recommandent la fin des discours de haine ainsi que des piques diplomatiques pour apaiser la tention car, visiblement, le Rwanda n’a jusque-là été véritablement sanctionné par les puissances importantes.
Dans plusieurs salons diplomatiques de Kinshasa, on conseille à Félix Tshisekedi d’abandonner l’offensive militaire et une offensive diplomatique interne renforcée, accompagnée de mesures sociales immédiates pour soulager les populations sinistrées vu la baisse de sa popularité dans la partie Est du pays qui lui a voté massivement.
Joseph Kabila est-il en train de préparer un retour ou agit-il réellement pour la paix ? Quelle que soit la réponse, sa démarche prend une tournure stratégique dans un contexte où le pouvoir en place est mis à l’épreuve par la persistance du conflit à l’Est. Pendant ce temps, les Congolais attendent une chose : la fin de l’insécurité, quelle qu’en soit l’origine politique.
Rédaction
