Après son retrait officiel du pouvoir en 2019, Joseph Kabila s’est muré dans un silence stratégique, se retirant dans sa ferme de Kingakati, aussi entre études et voyages. Mais depuis, l’ancien président n’est jamais vraiment sorti du jeu politique en réalité. Loin de Kinshasa, c’est à l’Est du pays, à Goma, qu’il foule ses pieds ce 26 mai 2025, après avoir adressé à la nation Congolaise, mieux en réalité à Félix Tshisekedi, un message menaçant, qui semble donner les leçons du pouvoir et prévenant ce qui pourrait arriver si un dialogue franc n’est engagé avec lui.
Des observateurs affirment que plusieurs figures-clés de la scène politique et militaire et même à l’assemblée nationale, agissent dans une coordination tacite avec la ligne de Kabila. Les propos de certaines autorités du pays comme ceux de Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, présentent un soutien tacite intacte au « Raïs ».
Des sources sur le terrain à Goma évoquent une multiplication de réunions stratégiques, voire des consignes politiques émanant de circuits non-officiels mais très organisés. Certains y voient les prémices d’une administration parallèle, fonctionnant dans l’ombre, à l’abri des regards de la capitale.
Cette hypothèse est d’autant plus crédible que Kinshasa peine à reprendre le contrôle effectif des provinces de l’Est, où l’autorité de l’État est fragmentée par l’activisme des groupes armés, la crise humanitaire, et les influences étrangères.
L’absence d’une solution claire au conflit avec l’AFC/M23, ainsi que les tensions croissantes entre membres de la coalition au pouvoir, les flustrations nées des décisions et de la gestion d’ambitions, créent une faiblesse que Kabila pourrait subtilement exploiter à son avantage.
Face à cette dynamique, le président Félix Tshisekedi semble coincé entre l’urgence sécuritaire et l’impératif politique. Sa stratégie d’alliance avec les États-Unis, notamment pour reprendre la main sur les ressources minières et restaurer l’ordre dans l’Est, pourrait être perçue comme un désaveu de l’influence kabiliste, voire comme une tentative de marginaliser son prédécesseur.
Mais la méfiance de certaines populations locales vis-à-vis de Kinshasa, comme celles du Kivu et du Katanga, combinée à la nostalgie d’une époque jugée plus stable sous Kabila, pourrait rendre cette tâche encore plus complexe.
L’idée d’un Kabila dirigeant de facto l’Est du pays, sans lien organique avec Kinshasa, pose une question taboue : assiste-t-on à une forme balkanisation de la RDC ? Si le président honoraire réussit à maintenir un réseau d’influence solide, autonome et légitime aux yeux de nombreuses communautés locales, cela pourrait consacrer une fracture politique de fait entre l’Est et l’Ouest.
Le risque d’un État bicéphale, où deux pouvoirs s’ignorent ou se concurrencent, serait alors bien réel. Une telle configuration renforcerait les vulnérabilités du pays et exposerait davantage ses régions frontalières aux appétits extérieurs, notamment ceux du Rwanda et de l’Ouganda.
Le spectre d’un Kabila gouvernant l’Est sans Kinshasa n’est plus seulement une fiction politique. C’est une réalité en gestation que la classe dirigeante congolaise doit aborder avec lucidité. Car si cette dynamique n’est pas analysée et anticipée à temps, elle pourrait faire basculer la RDC dans une nouvelle ère d’instabilité institutionnelle, dont les conséquences seraient incalculables pour l’unité nationale.
Rédaction
