« Nous sommes fatigués… » : Quand le président de l’Assemblée nationale sonne l’alarme, mais qui devrait agir ?
Kinshasa, 14 avril 2025 – Dans une déclaration qui a fait le tour des réseaux sociaux ce week-end, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a exprimé son exaspération :
« Nous sommes fatigués de continuer à nous débrouiller avec le peu de moyens qui nous reviennent à nous comme individus pour acheter du papier pour l’Assemblée nationale. Ça risque de devenir une habitude. Alors que chaque institution doit avoir des frais de fonctionnement, l’Assemblée nationale ne doit pas être considérée comme une petite institution. »
Mais cette sortie médiatique a rapidement suscité des réactions. Parmi elles, celle de l’analyste politique Arsène Zagabe, qui a livré ce lundi 14 avril une analyse sans concession sur la dérive institutionnelle que reflètent ces propos.
« Un aveu d’échec institutionnel » selon Arsène Zagabe
Pour Arsène Zagabe, l’Assemblée nationale est censée incarner l’autorité budgétaire par excellence en RDC. Elle vote la loi de finances, contrôle son exécution, interpelle les ministres, et peut mettre fin à leurs fonctions.
« Dire que le Parlement fonctionne grâce aux poches personnelles de son bureau, c’est non seulement irresponsable, mais aussi un aveu d’échec. Cela revient à confesser que l’Assemblée nationale ne fait pas usage de ses propres prérogatives », martèle-t-il.
Pourquoi ce silence face aux ministres du Budget et des Finances ?
L’analyse de Zagabe va plus loin :
« Pourquoi ne pas avoir interpellé les ministres du Budget et des Finances ? Où est passé le pouvoir de contrôle ? Ce silence est une complicité passive ou une incompétence assumée. »
Dans un pays aussi vaste et potentiellement riche que la RDC, parler de manque de stylos, d’encre ou de papier relève d’une absurdité administrative, selon lui. C’est le symptôme d’un dysfonctionnement bien plus profond.
Le poids des relations politiques : un tabou ?
Un autre point soulevé par Arsène Zagabe : la proximité politique entre le président de l’Assemblée nationale et le ministre du Budget, tous deux issus du même parti.
« Même en l’absence d’interpellation officielle, un dialogue interne aurait pu être engagé. Ce n’est pas un problème de moyens, mais de volonté politique. »
Une Assemblée nationale en perte de crédibilité
« L’Assemblée ne peut pas se limiter à se plaindre. Elle doit assumer son rôle, contrôler, corriger, sanctionner. Elle n’est pas une caisse de résonance, mais une force d’équilibre », insiste Zagabe, dans un ton ferme.
Un appel au réveil des institutions
En conclusion, Arsène Zagabe lance un appel à la responsabilité collective :
« Le peuple congolais mérite des institutions fortes et fonctionnelles. L’heure n’est plus aux excuses. Si même le Parlement ne peut se faire respecter, alors qui le pourra ? »
Rédaction
