L’histoire de la République Démocratique du Congo semble condamnée à la répétition, tel un cycle inexorable. L’actuelle crise sécuritaire dans l’Est du pays rappelle avec une acuité troublante la situation ayant précédé la chute du Maréchal Mobutu en 1997. À cette époque, le président zaïrois, bien qu’ayant encore la possibilité de négocier avec Laurent-Désiré Kabila, chef de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo, AFDL, avait obstinément refusé tout dialogue avec « les insurgés ». Son intransigeance, couplée à la dynamique militaire favorable à la rébellion soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, avait fini par précipiter sa chute.
De la même manière, l’inaction de Félix Tshisekedi face à l’avancée inexorable du M23 pourrait sceller son destin politique. Aujourd’hui, Corneille Nangaa, ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante, CENI, et désormais figure de proue du mouvement rebelle, ne cache plus ses ambitions. Accusé par le président congolais d’être instrumentalisé par Kigali, il renforce néanmoins son rapport de force et semble s’imposer comme un acteur incontournable sur l’échiquier politico-militaire de la région.
Une avancée militaire alarmante
Sur le terrain, les faits sont implacables : les troupes du M23 contrôlent une grande partie du Nord-Kivu, notamment les territoires de Rutshuru, Lubero, Masisi et Walikale. Plus préoccupant encore, elles ont conquis Goma et Bukavu, deux villes stratégiques dotées d’aéroports internationaux, facilitant ainsi l’approvisionnement en hommes et en matériel. Le Sud-Kivu n’est pas épargné, les territoires de Kalehe, Kabare et Walungu sont déjà sous le joug des rebelles, tandis que l’offensive se poursuit vers Uvira et Fizi.

Face à ces percées successives, le gouvernement congolais semble sous-estimer le péril imminent qui pèse sur des villes telles que Kisangani, Kalemie, Lubumbashi et, à terme, Kinshasa. Pourtant, la situation sur le terrain indique que Nangaa et ses troupes affichent une détermination sans faille. Le spectre d’une marche foncée vers la capitale n’est plus une simple spéculation, mais une hypothèse crédible qui alimente une psychose croissante parmi les populations et les élites politiques du pays. Selon certaines sources proches de la présidence, des membres influents de l’UDPS et de la famille biologique du chef de l’État se prépareraient à toute éventualité, conscients que l’armée régulière accumule revers et retraites face à un adversaire résolu.
Une piplomatie à la peine
Pendant ce temps, Félix Tshisekedi mise sur la diplomatie pour contrer cette menace. Ces dernières semaines, il a multiplié les démarches auprès des puissances régionales et internationales, cherchant désespérément un soutien militaire ou une intervention diplomatique décisive.
Ainsi, son ministre de l’Intégration régionale, Didier Mazenga, s’est rendu au Tchad pour solliciter l’aide du président Mahamat Idriss Déby Itno. Cependant, bien que Kinshasa ait soutenu le régime Tchadien dans ses turbulences politiques récentes, N’Djamena semble réticente à engager ses troupes dans un conflit où l’armée congolaise enchaîne les revers. Une source tchadienne bien informée rapporte que Déby serait sous pression interne pour éviter toute implication dans une guerre perçue comme dangereuse pour les intérêts du Tchad.

Parallèlement, une autre délégation a été envoyée au Kenya pour rencontrer le président William Ruto, actuel président en exercice de la Communauté d’Afrique de l’Est, EAC, organisation impliquée dans la gestion de la crise congolaise. Rien n’a filtré de cette entrevue, mais des sources concordantes affirment que Tshisekedi y aurait dépêché ses « meilleurs stratèges» afin de défendre sa position face aux menaces qui pèsent sur son régime.
Lui-même s’est déplacé en Angola, où il a rencontré son homologue João Lourenço, président en exercice de l’Union Africaine, espérant y trouver un appui politique et militaire décisif. À l’international, son gouvernement a plaidé sa cause auprès de l’Union Européenne et des États-Unis, allant jusqu’à exiger à deux reprises la convocation d’une session extraordinaire du Conseil de sécurité des Nations unies.

Malgré ces efforts soutenus, la communauté internationale demeure frileuse et aucune de ces initiatives n’a, pour l’instant, permis d’endiguer l’avancée des rebelles ni de garantir un retrait de leurs forces des territoires conquis.
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L’Impératif du dialogue
Félix Tshisekedi se retrouve ainsi à un tournant crucial de son mandat. L’histoire récente du pays démontre que refuser le dialogue avec un mouvement rebelle en position de force ne fait qu’accélérer la chute des régimes en place. Laurent-Désiré Kabila, en 1997, était parvenu à asseoir son autorité grâce à un rapport de force favorable avant même toute tentative de négociation. Aujourd’hui, le M23 semble suivre une trajectoire similaire, et plus le temps passe, plus sa position s’affermit.
Si Tshisekedi persiste dans son refus de négocier, il risque non seulement de légitimer, malgré lui, les revendications du mouvement rebelle, mais également de voir son pouvoir se désagréger sous la pression conjuguée des offensives militaires et de l’isolement diplomatique. La prise de Kinshasa, qui pouvait autrefois sembler impensable, devient une éventualité crédible dans un contexte où l’armée congolaise peine à opposer une résistance efficace.
En définitive, le président congolais est face à une alternative lourde de conséquences : soit il engage des pourparlers avec le M23 dans l’espoir d’obtenir un compromis politique, soit il s’enlise dans une posture de refus qui pourrait précipiter sa propre chute. L’attente, dans cette conjoncture, s’apparente à un suicide politique.
Le dialogue proposé par des Chefs religieux Congolais semble également une option pour Tshisekedi, malheureusement, son parti politique, très influent sur ses prises de décisions, refuse toute sorte de dialogue et clame haut et fort «Tshisekedi ne démissionnera pas»
Rédaction
