Depuis le 4 février, le Parlement congolais est en session extraordinaire à la demande du président Félix Tshisekedi. L’objectif : proposer des solutions politiques et diplomatiques face à l’agression du Rwanda via le M23 que subissent les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cependant, une déclaration du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a semé un vent de panique dans cette partie du pays, provoquant des déplacements massifs de populations et une atmosphère de crise.
Le 5 février, prenant la parole devant les députés nationaux, Vital Kamerhe a affirmé que les rebelles du M23, après avoir conquis Goma, Sake et Minova, avaient atteint Ihusi et Kabamba, cette dernière localité située à moins de 60 km de Bukavu. Il a insisté sur le danger imminent pesant sur la capitale provinciale du Sud-Kivu, accentuant ainsi la peur parmi les populations.
Suite à cette déclaration, une vague de panique a pris en otage plusieurs localités périphériques de Bukavu, notamment Kavumu et Katana. Craignant une avancée imminente des rebelles, de nombreux habitants Kabamba et Kavumu ont fui vers la ville, tandis qu’à Bukavu même, des familles ont traversé la frontière vers le Rwanda et le Burundi. Les commerçants, redoutant des pillages, ont fermé boutiques et entrepôts, laissant plusieurs marchés, dont ceux de Kadutu, Nyawera et Feu Rouge, presque vides. La froideur est encore visible.
Cependant, quelques heures après cette sortie alarmiste de Vital Kamerhe, l’armée congolaise a apporté un cinglant démenti. Selon un porte-parole de la troisième zone de défense, sous le commandement du Général-major Pacifique Masunzu, les forces armées contenaient l’ennemi dans les montagnes de Nyabibwe, à plus de 100 km de Bukavu. En aucun cas les rebelles n’avaient atteint Ihusi, Kabamba ou Katana, comme l’avait affirmé Vital Kamerhe. C’est le commandant de la troisième zone de défense lui-même qui a également confirmé sa présence sur le champ de bataille, très loin de là où citait le Président de l’Assemblée nationale.
Cette communication imprudente du président de l’Assemblée nationale a été vivement critiquée. « Comment une autorité de son rang peut-elle relayer des informations non vérifiées en pleine crise sécuritaire ? » s’interroge un député de la majorité.
Beaucoup estiment que ses propos ont semé une peur injustifiée et servi indirectement la propagande du M23 en amplifiant l’effet psychologique de la guerre.
Dans les rangs de l’UDPS, parti au pouvoir, cette déclaration a été perçue comme une faute politique majeure. Certains cadres dénoncent une trahison et critiquent la propension de Vital Kamerhe à des prises de parole impulsives. « Il aurait dû se taire. Il a offert au M23 une victoire psychologique sans même qu’ils aient avancé ! » s’indigne un communicateur du parti présidentiel.
« Si Kamerhe voulait alerter sur la gravité de la situation, il aurait dû le faire avec plus de prudence et de discernement. Une communication précipitée et erronée, surtout à un tel niveau de responsabilité, peut semer la panique et aggraver une crise déjà dramatique » déploré un député National proche du pouvoir en place.
Chris Adam’s
