Une annonce polémique
Lors de la Conférence des gouverneurs à Kalemie, le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a réitéré son ambition de changer la Constitution congolaise. Soutenu par les 26 gouverneurs présents, le chef de l’État s’attaque à un texte adopté en 2006, que beaucoup considèrent comme une conquête démocratique. Cependant, cette démarche soulève une vive opposition. L’Église catholique, la société civile et de nombreux juristes, dont le professeur Nyabirungi Mwenesonga, dénoncent un acte anticonstitutionnel. Selon ces voix, la loi fondamentale de la RDC n’autorise que sa révision, pas son remplacement.

Une histoire récente qui résonne
L’initiative de Tshisekedi rappelle les tentatives infructueuses de son prédécesseur, Joseph Kabila. En 2015, Kabila, alors tout-puissant, avait envisagé de modifier la Constitution pour prolonger son mandat au-delà des limites fixées. Fort de son contrôle sur l’appareil sécuritaire et judiciaire, il semblait en position de force. Pourtant, face à une mobilisation massive orchestrée par l’Église catholique, l’opposition, la société civile et les mouvements citoyens, Kabila avait reculé. Les Congolais, prêts à sacrifier leur vie, avaient démontré que la volonté populaire pouvait triompher de toute tentative de dérive autoritaire.
Les priorités oubliées
Pour la société civile, l’urgence actuelle n’est pas la Constitution mais la sécurité et le bien-être de la population. Depuis 2019, l’Est du pays est plongé dans une violence ininterrompue, avec des groupes armés tels que le M23 et les terroristes de l’ADF semant la terreur. Améliorer les conditions de vie, sécuriser les frontières et récupérer les territoires occupés devraient, selon ces acteurs, être les véritables priorités du président. Un pari risqué Contrairement à Kabila, Tshisekedi ne dispose pas d’une mainmise totale sur les institutions. Son soutien reste limité à l’UDPS et à une fraction de l’Union sacrée. Face à une opposition résolue, des mouvements citoyens aguerris et une Église catholique historique dans la défense des droits du peuple, Tshisekedi joue avec le feu.
Un avertissement à méditer
La Constitution, acquise au prix du sang des Congolais, reste un symbole sacré. Ignorer l’histoire récente et les enseignements du passé pourrait coûter cher à Tshisekedi. Les Congolais, échaudés par des années de lutte pour leur souveraineté, sont prêts à barrer la route à toute tentative de confiscation du pouvoir, comme ils l’ont fait contre Kabila. Tshisekedi, face à cette réalité, doit mesurer ses actes pour ne pas défier une volonté populaire profondément enracinée.
Rédaction
