Depuis plusieurs années en République démocratique du Congo, précisément dans la province du Nord-Kivu, ville de Goma, Me Éric Migabo œuvre inlassablement contre la traite des personnes, sensibilisant et outillant les différentes couches de la population sur cette problématique et sur ses conséquences dévastatrices pour les victimes.
Il rappelle l’importance des notions d’actes, de moyens et de finalité dans ce contexte, en s’appuyant sur les normes internationales, et plus précisément sur le Protocole de Palerme (2000), visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.

1. Actes : Ce terme se réfère aux actions entreprises par les trafiquants, qui peuvent inclure le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou encore l’accueil de personnes. Ces actes se manifestent dans divers contextes, que ce soit par la coercition, la fraude ou encore la manipulation.
2. Moyens : Les moyens désignent les méthodes utilisées pour exploiter ou contraindre les victimes. Ils peuvent comprendre des menaces, le recours à la force, la fraude, la tromperie, ou l’abus de pouvoir et de vulnérabilité. Ces procédés permettent aux trafiquants de prendre le contrôle des victimes, dans un objectif systématique d’exploitation.
3. Finalité : Elle représente l’objectif ultime de la traite, à savoir l’exploitation des victimes. Cette exploitation revêt de nombreuses formes : travail forcé, exploitation sexuelle, travail domestique, mendicité forcée, voire trafic d’organes.Ces trois éléments – actes, moyens et finalité – constituent les bases mêmes de ce crime de traite humaine, permettant de le différencier d’autres infractions.

En République Démocratique du Congo, un pas significatif a été franchi avec l’adoption, en décembre 2022, d’une loi spécifique modifiant et complétant le Code pénal congolais pour y inclure la prévention et la répression de la traite des personnes. Cette loi représente une avancée cruciale, offrant un soutien juridique renforcé pour démasquer et neutraliser les trafiquants d’êtres humains dans toutes les sphères de la société, sans aucune discrimination.

Les histoires de victimes sont innombrables et leurs conséquences, souvent dramatiques. Il s’agit d’une véritable boîte de Pandore, avec des dossiers parfois abandonnés faute de ressources suffisantes. On peut citer, entre autres, le cas de douze enfants vendus par leurs parents de Katala jusqu’à Goma pour être placés dans un orphelinat, ou encore les enfants exploités dans les plantations de Katala et dans les mines de Rubaya, actuellement sous contrôle des RDF/M23.

Face à ces drames, Me Eric Migabo s’engage sans relâche pour informer, de manière accessible, l’ensemble de la population : femmes, enfants, jeunes et adultes, sur les réalités de ce crime. La traite humaine est un fléau qui n’épargne personne et il est donc impératif de mener une lutte collective pour lui faire échec. « Ce combat est d’une envergure qui dépasse les efforts individuels; ensemble, nous pourrons accomplir de grandes choses et empêcher les trafiquants de nuire », affirme-t-il avec conviction.

Animé d’une inébranlable foi en l’humanité, Me Migabo s’implique également dans la rédaction d’un « Recueil des histoires de survivants de la traite ». Ce recueil, bien que poignant, se veut un puissant outil de sensibilisation et de prévention à l’échelle nationale, et pourquoi pas, au-delà des frontières. « Nous croyons qu’un jour, les choses changeront, et c’est cette croyance qui nous motive jour après jour, » conclut-il, avec l’espoir de voir enfin triompher la dignité humaine.
Propos recueillis par Chris Adam’s
