Avant toute chose, qu’il me soit agréable de vous souhaiter la bienvenue dans ce beau cadre de l’hôtel Laïco de Tunis et de vous remercier pour avoir répondu nombreux à notre invitation afin de célébrer ensemble avec nous, le 64ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de mon pays – la République Démocratique du Congo.
C’est en effet, le 30 juin 1960, date historique profondément ancrée dans notre mémoire collective, que la République Démocratique du Congo accédait à la souveraineté nationale et internationale.
A l’occasion de cette célébration, je voudrais saluer à juste titre, par devoir de mémoire, le processus d’éveil de conscience mouvementé ayant abouti à la proclamation de l’indépendance de notre pays par la puissance colonisatrice belge.
C’est ici le moment de rendre un vibrant hommage aux pères fondateurs de notre pays.

Il s’agit notamment du Premier Président de la République Joseph KASA-VUBU et du tout premier Premier Ministre Patrice Emery LUMUMBA dont le combat politique pour la liberté et la dignité a dépassé les frontières du territoire national pour s’étendre à travers toute l’Afrique.
Pays béni, situé au cœur de l’Afrique, doté d’énormes ressources naturelles et qualifiée de scandale géologique, la République Démocratique du Congo a toujours fait l’objet de convoitises des forces prédatrices extérieures ; ce qui l’expose à des cycles de violences surtout dans la partie – Est de son territoire réputée pour l’abondance des ressources du sol et du sous-sol qu’elle regorge, dont des minerais stratégiques.
ENCORE LE RWANDA DÉNONCÉ
En effet, il n’est secret pour personne qu’un pays voisin – le Rwanda, pour ne pas le citer, qui se livre à un pillage systématique de nos ressources, continue à bénéficier, à ce jour, de l’impunité de la communauté internationale, en dépit des preuves documentées des Nations Unies et d’autres instances sur l’activisme des Forces de Défense Rwandaises (RDF) dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
C’est donc ici le lieu pour moi de réitérer l’appel des autorités congolaises aux partenaires, de condamner, si pas sanctionner le comportement barbare et irresponsable du Rwanda.
Autant que nous éprouvons de la compassion envers les peuples frères de l’Ukraine et de Gaza, autant, rappelons-nous un seul instant que des milliers de personnes souffrent dans l’Est de la RDC, plus particulièrement dans la province du Nord-Kivu.
Nonobstant tout ce qui nous arrive et face à ces adversités, le Peuple congolais ne se dérogera jamais du devoir sacré de défendre et de préserver à tout prix l’unité, l’intégrité territoriale, la souveraineté de l’Etat et l’indépendance de son pays, un bien précieux à léguer aux générations futures et ce, conformément à la vision de ses pères fondateurs.
LE COMBAT DE FÉLIX TSHISEKEDI
Comme vous le savez, mon pays est actuellement engagé dans un processus démocratique de renouvellement de ses institutions politiques stables.
Nous avons vécu, en 2019, une passation de pouvoir pacifique et civilisée. Le Président de la République Démocratique du Congo, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo vient d’être réélu au suffrage universel direct.
Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2024, il a dévoilé les 6 axes de son second mandat ; l’un de ses axes peut retenir l’attention des partenaires, je cite : «la volonté de diversifier l’économie et l’accroissement, en optant pour la transformation des produits agricoles et miniers bruts sur le sol congolais », fin de citation.
APPEL AUX INVESTISSEURS
Autrement dit, la République Démocratique du Congo est résolument engagé sur la voie de l’industrialisation, ce qui pourra concourir à la réduction de la dépendance de notre économie aux importations notamment celles des biens et des produits de première nécessité.

La main est donc tendue pour inviter les partenaires que vous êtes à la délocalisation de vos industries vers le Congo ? Vous l’avez fait dans d’autres pays ; il est temps d’essayer avec le Congo.
POURQUOI INVESTIR EN RDC ?
❖ D’abord, vos entreprises connaîtront un boom économique car mon pays dont la population est estimée à plus de 100 millions d’habitants, est entouré de neuf voisins. La population totale des dix pays mis ensemble avoisine les 300 millions d’âmes.
Ce qui constitue un très grand marché local pour la consommation ; et l’excédent pourrait être destiné aux autres pays d’Afrique et au reste du monde.
❖ Ensuite, le Congo offre un climat favorable d’investissement aux compagnies étrangères.
❖ Aussi, la production sur place est garantie par une main d’œuvre locale abondante – donc moins chère, et de plus en plus qualifiée.
❖ Et enfin, les jeunes gens étant déjà suffisamment occupés, ne risqueront plus leur vie dans la mer Méditerranée à la recherche de l’El Dorado.
Ce qui freinera la migration irrégulière, et donc ce sera un soulagement pour les pays qui en font face.
LES RELATIONS RDC-TUNISIE
Permettez-moi, à présent, d’aborder le chapitre des relations entre la République Démocratique du Congo et la République Tunisienne, pays hôte.
A ce propos, il y a lieu de relever que l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux Etats remonte au lendemain de leur accession à l’indépendance. Celles-ci ont été confortées par l’ouverture réciproque des Missions diplomatiques en 1962.

Depuis lors, nos deux Etats ont maintenu et entretenu de bonnes relations d’amitié et de coopération.
A ce sujet, il y a lieu d’évoquer quelques faits marquants, à savoir :
- La contribution des contingents militaires Tunisiens dans le cadre des forces de la paix des Nations Unies en République Démocratique du Congo lors des situations de crise en 1960 et en 2002 ;
- La mise à disposition de l’expertise Tunisienne par Monsieur Bourguiba Junior, Fils de l’ancien Président Habib Bourguiba, pour contribuer au montage de l’appareil diplomatique congolais ;
- L’accompagnement et le soutien de la République Tunisienne à la candidature de la République Démocratique du Congo comme membre des Nations Unies ;
- La formation universitaire et professionnelle de la jeunesse congolaise en Tunisie ;
Faut-il signaler que dès l’établissement des relations diplomatiques, les leaders des deux pays s’étaient engagés à renforcer la coopération économique et technologique aux fins de sortir leurs deux peuples de la pauvreté et leurs deux pays du sous-développement.
Selon les statistiques, en 2020, la valeur des exportations de la Tunisie vers la République Démocratique du Congo a dépassé les 21 millions de dollars américains soient 57 millions de dinars tunisiens. Malheureusement, la pandémie de covid-19 a cassé l’élan qui était en train de se mettre en place.

Qu’à cela ne tienne, la Tunisie est devenue une destination privilégiée de bon nombre de congolais pour les soins médicaux et les études. A ce jour, on compte plus de 1.000 étudiants congolais qui poursuivent leurs cursus académiques ou leurs formations professionnelles en Tunisie. Autant, nous avons enregistré des centaines de demandes de visas de la part des Tunisiens qui veulent se rendre en République Démocratique du Congo.

Toujours, dans le cadre de la coopération, la République Démocratique du Congo et la République Tunisienne ont mis en place la Grande Commission mixte. Celle-ci avait tenu les travaux de sa première session ordinaire à Tunis en Juin 1989.
Quelques accords de coopération avaient été conclus entre les deux Etats.
Après plusieurs années, l’apparition de nouveaux défis appel à l’actualisation du cadre juridique de coopération bilatérale, au regard des potentialités existantes de part et d’autre.
Aussi, conformément à la volonté commune des autorités respectives de renforcer les relations de coopération bilatérale, il a été levé l’option de tenir prochainement les travaux de la deuxième session ordinaire de la Grande commission mixte à Kinshasa.
C’est dans cette perspective que la Direction Générale des relations bilatérales avec les Etats Africains du Ministère des Affaires Etrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger a tenu une série de réunions de travail avec l’Ambassade de la République Démocratique du Congo en Tunisie pour effectivement préparer l’imminente deuxième Grande Commission mixte.
Par ailleurs, pour booster les courants d’affaires et d’investissements entre les deux Etats, un forum économique sera organisé en marge de cette rencontre.

Durant plusieurs années, l’Ambassade de la République Démocratique du Congo en Tunisie a été dirigée par un Chargé d’Affaires.
Dans le souci de hisser le niveau des relations entre nos deux Etats, et par réciprocité, l’autorité congolaise compétente a décidé d’accréditer un Ambassadeur en Tunisie à travers ma modeste personne.

Je saisis cette occasion pour réitérer mes sincères remerciements aux autorités Tunisiennes qui ont daigné accorder leur agrément à ma candidature en qualité d’Ambassadeur Extraordinaire et plénipotentiaire de la République Démocratique du Congo en Tunisie. Il me parait important d’évoquer ici un fait marquant le début de mon mandat en Tunisie.
En effet, me recevant à l’occasion de la présentation des lettres de créance, SEM Kais SAIED, Président de la République Tunisienne, a mis l’accent sur l’importance de renforcer les relations bilatérales afin que nos deux pays puissent servir de levier au développement de l’Afrique.
DANS LA VOLONTÉ DU PRÉSIDENT TSHISEKEDI
Dans le même ordre d’idées, le Chef de l’Etat congolais, Son Excellence Félix- Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO a, lors de son dernier discours d’investiture, déclaré que, considérant le potentiel de notre pays, celui-ci doit, aujourd’hui plus qu’hier, jouer son rôle en tant qu’acteur incontournable, mieux un catalyseur pour booster le monde.
Fort de ces messages, je ne ménagerai aucun effort pour œuvrer utilement au développement et au renforcement des relations entre nos deux pays.
Au cours de mon mandat diplomatique, je mettrai un accent particulier sur l’intensification des échanges culturels comme facteur de rapprochement des peuples.
LES ÉCHANGES CULTURELS
En effet, la culture et l’art possèdent un pouvoir profond qui rapproche les cœurs et les esprits entre les peuples. Le monde actuel est une société de contacts.
Pour prévenir les rejets et les malentendus souvent nés de l’ignorance, de la peur et de l’intolérance à l’égard de mode de vie différents, nous avons intérêt de nous confronter à d’autres cultures afin de nous enrichir personnellement, et surtout d’enrichir notre compréhension du monde.
Les échanges culturels sont naturellement enrichissants et jouent un rôle majeur car ils favorisent la compréhension entre les peuples. À travers la confrontation de cultures différentes, les rencontres contribuent à l’évolution des regards, et donc au rapprochement.
“L’échange culturel est le chemin par lequel les âmes voyagent par-delà les frontières” nous dit l’écrivain japonais, Haruki Murakani.
C’est ainsi que nous pensons et nous croyons fermement que l’intensification des échanges culturels permettra à nos deux peuples de Tunisie et de la République Démocratique du Congo de mieux se connaître pour mieux se comprendre afin de mieux coopérer.
Discours du Professeur Mwendanga, Ambassadeur de la RDC en Tunisie
