Au vue de la situation alarmante de la résistance aux antibactériens, PRESSCOM a menée une enquête pour comprendre les origines de ce fléau sanitaire. C’est autour des pharmacies anarchiquement ouvertes au public dans la ville de Bukavu, en province du Sud-Kivu, que l’enquête a été menée, sous la supervision objective de la journaliste Anne Marie. L’objectif était d’identifier les facteurs contribuant à la recrudescence de cette résistance.
Notre enquête a visé la description et l’analyse de la gestion des médicaments et consommables médicaux dans les officines pharmaceutiques ouvertes au public dans la zone de santé de la commune d’Ibanda, dans la ville de Bukavu. Elle a cherché à déterminer les facteurs pouvant influencer négativement la qualité des médicaments et des services au sein de ces structures sanitaires et a proposé des recommandations pour y remédier.
Lors d’un micro-trottoir, nous avons parcouru la ville de Bukavu pour nous entretenir avec les prestataires de services pharmaceutiques. Cela a permis de déterminer l’efficacité et la viabilité de leurs pratiques, ainsi que de décrire le processus de gestion des médicaments et consommables médicaux.
La majorité des officines pharmaceutiques s’approvisionnent en médicaments et consommables médicaux auprès d’établissements de vente en gros. Cependant, la plupart ne disposent pas d’un manuel de gestion pour ces produits.
Plusieurs pharmaciens sans connaissances requises dans le domaine pharmaceutique.
Notre enquête révèle que parmi les prestataires de services pharmaceutiques, une fine proportion a suivi la formation certifiée en sciences pharmaceutiques.
Irenge Mulindwa, un prestataire rencontré dans une pharmacie locale, indique qu’il exerce cette activité depuis plus de six mois. Entrepreneur, il considère ce métier comme une source de revenus.
« J’ai découvert que c’était rentable. Au début, j’avais des difficultés à prescrire les médicaments adéquats, mais avec le temps, j’ai appris à connaître chaque médicament et son utilité », confie-t-il.
Les défis de l’inspection provinciale de la santé du Sud-Kivu.
Interrogé sur le sujet, l’inspecteur provincial des pharmaciens du Sud-Kivu, Chancelier Cirimwami, souligne que le secteur pharmaceutique à Bukavu est confronté à plusieurs défis, notamment la prolifération des officines pharmaceutiques.
Il mentionne également la non-implication des acteurs multisectoriels dans la lutte contre la criminalité pharmaceutique.
« Avec l’exode rural que connaît Bukavu, la province manque d’experts en pharmacie. Certains obtiennent illégalement les documents d’autorisation pour ouvrir une pharmacie, ce qui est préoccupant », déplore-t-il.
Chancelier Cirimwami annonce l’élaboration d’une stratégie de contrôle systématique des voies d’importation et des points d’entrée des médicaments pour lutter contre cette criminalité pharmaceutique.
Il est important de rappeler qu’en 2021, l’inspection provinciale de la santé du Sud-Kivu a lancé une campagne intitulée « Assainissement du secteur pharmaceutique ». Cette initiative visait à lutter contre la vente et la commercialisation de produits pharmaceutiques périmés, souvent exposés au sol dans des lieux publics, une pratique très dangereuse pour les consommateurs.
Récemment, à l’occasion de la journée mondiale des pharmaciens, le Président national de l’ordre des pharmaciens en République démocratique du Congo, Monsieur Panzu Mavwanda Glorry, a exhorté les pharmaciens congolais à s’impliquer activement pour garantir la sécurité des soins de qualité en offrant non seulement un service de qualité mais aussi et surtout des produits pharmaceutiques recommandés et consommables.
Il a également appelé le gouvernement Congolais à reconnaître le rôle essentiel des pharmaciens dans le secteur de la santé et à combattre la criminalité pharmaceutique.
Par Anne Marie Kwinja
